P comme Paradis

Une exploration des origines et des symboles du paradis,
Le paradis, présent dans de nombreuses cultures et religions, symbolise un lieu de paix et de transformation. Il incarne à la fois un jardin originel et une réalité spirituelle à atteindre.

Le Paradis, dans les expressions quotidiennes que nous utilisons, comme « c’est le paradis ici » ou « j’avais l’impression d’être au paradis », désigne un lieu ou un moment de bonheur ultime où nous faisons l’expérience de la félicité à l’état pur, où les contrariétés du quotidien semblent avoir disparu du champ de nos préoccupations. 

C’est comme un espace-temps où nous expérimentons à la fois l’éternité et la sensation de ne plus ressentir les contingences du monde de la matière. Ce qui correspond exactement ce que vivent les âmes lorsque elles ne sont plus associées à un corps, c’est-à-dire à la définition du Paradis dans son acception « céleste ».

Présent dans presque tous les religions, le mot Paradis désigne la demeure des âmes, là elles se retrouvent après la mort : un lieu, ou plus exactement un non-lieu où la matière et le temps n’existe pas. Les âmes n’étant plus associées à leur corps, elles n’y font pas l’expérience de la matière, pour l’éternité.

En parallèle de cette demeure des âmes qu’est le Paradis céleste, la Bible nous parle (dans le livre de la Genèse) d’un Paradis terrestre, appelé aussi Jardin d’Eden ou Jardin des Délices. A ce sujet, il est à noter que le terme paradis est issu du persan pardēz, voulant dire jardin clos, qui se transmet au grec ancien paradeisos, signifiant un parc clos où se trouvent des animaux sauvages, pour aboutir enfin au latin paradisus. Dans le monde gréco-romain, ce terme latin désigne un jardin d’agrément.

Ce Jardin des Délices a été créé par Dieu pour les premiers humains que sont Adam et Ève au début de la Création. Il est dit qu’ils y vivaient dans l’innocence, l’harmonie et l’immortalité, sans avoir conscience du mal. Leur expérience était caractérisée par la perfection de l’environnement et l’absence de labeur, et Dieu leur permettait de profiter de tout. 

Dès lors qu’ils en sont chassés, l’accès du Paradis terrestre est interdit à l’humanité entière, mais cela ne signifie pas qu’il cesse d’exister. C’est en tout cas ce que l’on croit jusqu’au 17ème siècle, l’entièreté du monde n’ayant pas encore été « découverte » par les européens, et le nier était passible d’excommunication. 

C’est ainsi que de nombreuses cartes médiévales font une place au Paradis terrestre dans l’Orient lointain et, pour cette raison, plaçaient l’Est en haut. L’historien Jean Delumeau analyse que « Les hommes du Moyen Âge l’imaginaient comme une ville aux murs d’or, un royaume des cieux où les élus contemplaient Dieu et connaissaient le bonheur éternel. Un lieu dont les visionnaires ont donné de surprenantes descriptions et dont les beautés ont inspiré pendant des siècles, enlumineurs, peintres, sculpteurs et musiciens.»

Mais revenons à Adam et Eve. Que s’est-il passé pour qu’ils soient chassés du Paradis terrestre ? Et comment pouvons-nous l’interpréter ?

Comme mentionné plus haut, Adam et Eve pouvaient profiter de tout ce qu’il leur était offert dans le Jardin d’Eden. Il est dit notamment qu’ils pouvaient manger les fruits des arbres (il est intéressant de noter qu’il n’est pas fait mention de la possibilité de manger des animaux), sauf un, le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Cette interdiction signifie que leur bien-être était garanti tant qu’ils ne cherchaient pas à accéder à la dualité.

La suite, tout le monde la connaît. Influencée par le serpent, Eve décide de goûter ce fruit et le propose ensuite à Adam. Quand ils croquent le fruit défendu, leurs yeux s’ouvrent : ils prennent conscience de leur nudité, ressentent de la honte, comprennent le bien et le mal. Ils sont chassés du jardin d’Éden par Dieu, devenant ainsi mortels, soumis à la souffrance et au labeur. Cet événement, appelé le « péché originel », marque la perte de l’innocence et l’entrée dans le monde humain, avec ses difficultés et sa mortalité. 

J’aimerais maintenant explorer tous ces concepts afin de les revisiter et leur donner un nouvel éclairage.

Il est écrit que dans ce jardin clos qu’est le Paradis terrestre, Adam et Eve vivaient dans l’innocence. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela veut dire qu’ils ignoraient le mal, la honte, la souffrance, de même que la mort les était inconnue. Ils vivaient dans une proximité directe avec Dieu. Autrement dit, ils ne faisaient pas une expérience consciente et choisie de leur lien avec Dieu. Ils était dans l’indifférencié, ne connaissant pas la dualité. Dans cette communion innée avec Dieu, on peut aussi dire qu’ils étaient dans un état d’enfance spirituelle, à la fois dans une ignorance et une obéissance qui n’était pas choisie en conscience. Ils ne pouvaient ni changer ni évoluer, ils n’exerçaient pas pleinement leur libre-arbitre. 

La meilleure preuve qu’ils n’exerçaient pas ce libre-arbitre, cette obéissance sans recul ni choix, c’est qu’il leur faut un élément extérieur, le serpent, pour le suggérer une idée menant à un changement.

Que représente vraiment le serpent ? Tout d’abord, il faut savoir que l’identification au diable ne figure pas dans le texte de la Genèse, dans lequel le serpent est simplement qualifié de « plus rusé que tous les animaux des champs ». Ce n’est que par la suite que l’interprétation et tradition théologique chrétienne, principalement grâce à des textes postérieurs du Nouveau Testament (comme l’Apocalypse), fait le lien avec le récit de la Genèse, identifiant alors explicitement le « vieux serpent » comme étant le diable.

Mais qu’est-ce que le Diable ? Pour mieux comprendre, regardons l’étymologie de ce mot.  Le mot « diable » vient du latin diabolus, issu lui-même du grec diábolos, le verbe diabállô, signifiant « celui qui divise » ou « qui désunit » ou encore « trompeur, calomniateur ». On pourrait dire que plus qu’une bête à corne, le Diable est la figure archétypale de la séparation. Le diable divise et illusionne. 

A partir du moment où Adam et Eve mangent le fruit défendu, ils accèdent à la connaissance du bien et du mal : ils commencent à faire l’expérience de la dualité. Initiée par le serpent, Eve offre alors à Adam le passage de la naïveté à la conscience, un voyage qui se trouve au cœur de l’expérience humaine. Ils peuvent alors décider et choisir en pleine conscience le bien ou le mal. 

Chassés du Paradis où ils vivaient dans une forme d’unité inconsciente, Adam et Ève ne deviennent pas seulement mortels : ils deviennent humains. Et, paradoxalement, c’est à cet instant précis qu’ils se rapprochent le plus du divin.

Car de créatures, ils deviennent créateurs.

Le serpent promettait : « vous serez comme des dieux ». Cette phrase, souvent interprétée comme une tentation trompeuse, peut aussi être entendue comme une vérité profonde. En accédant à la connaissance du bien et du mal, les humains ne se condamnent pas : ils accèdent à la conscience. Et avec elle, à la capacité de choisir, de discerner, de créer.

Ève est la première à franchir ce seuil. Elle est la première à exercer son libre arbitre. Là où l’on a longtemps vu une faute, on peut aussi voir un acte fondateur. Un passage. Une ouverture.

Elle n’entraîne pas la chute de l’humanité. Elle lui offre ses plus grands dons.

Le libre arbitre.
La conscience.
La finitude.

Car devenir mortel, c’est aussi prendre conscience que notre temps est limité. Et c’est précisément cette limite qui donne du poids à nos choix, de la valeur à nos actes, et du sens à notre existence.

Le « péché originel » pourrait alors être compris autrement : non comme une faute morale, mais comme le moment où l’humanité entre dans l’expérience de la dualité. Le moment où elle cesse d’être dans l’unité inconsciente pour devenir consciente d’elle-même.

C’est là que commence véritablement l’expérience humaine.

Oui, c’est la fin d’un âge d’or. Mais c’est aussi le début d’un autre.

Un âge où l’être humain n’est plus simplement immergé dans le divin, mais appelé à le recréer. Non plus à vivre dans un paradis donné, mais à en faire émerger un, par ses choix, ses actes, sa conscience.

Car la dualité, en réalité, n’est peut-être qu’une illusion à traverser. Une expérience nécessaire pour redécouvrir, librement cette fois, l’unité.

Dès lors, une question se pose à chacun de nous :

Que faisons-nous de cette capacité créatrice ?

Car depuis ce moment, tout est entre nos mains.

Nous pouvons faire de notre vie un enfer.
Ou bien recréer, ici et maintenant, notre propre Paradis.

 

 

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